Hiroshima 54 jours d'enfer: Le journal Docteur Michihiko Hachiya >> 11 août 1945 (Historique)

Hiroshima 54 jours d'enfer
Le journal Docteur Michihiko Hachiya
11 août 1945

Tout le monde paraît aller mieux ce matin. Personne n'est mort au cours de la nuit, et même on a vu apparaître trois personnes, tout à l'heure, portées disparues.
Le lieutenant Tanaka est venu me voir. Je lui ai demandé ce qu'étaient devenus les soldats logés dans les baraques avoisinant l'hôpital.
- C'étaient de jeunes recrues, nous dit-il. Il y en avait environ 400. Presque tous ont été tués.
Un nouveau bruit court : la Russie nous aurait déclaré la guerre et ses troupes commenceraient à envahir la Mandchourie. Cette fois tout espoir est perdu. Il me semble qu'un poids énorme m'écrase la poitrine.
Un peu plus tard, dans la soirée, nous apprenons que la mystérieuse arme nouvelle a été de nouveau utilisée. Elle a fait les mêmes ravages à Nagasaki qu'à Hiroshima.
A peine cette nouvelle s'est-elle répandue, qu'un nouveau venu en apporte une autre : les japonais, assure-t-il, possèdent la même arme secrète que les Américains. Jusqu'ici ils avaient renoncé à s'en servir parce qu'elle était trop terrible. Mais à la suite de l'attaque américaine, l'état-major japonais a changé d'avis. Une escadrille de six bombardiers vient de traverser le Pacifique et de bombarder l'Amérique. Deux d'entre eux ne sont pas rentrés. Mais à cette heure, San Francisco, San Diego et Los Angeles connaissent le même sort qu'Hiroshima et Nagasaki. Le japon est vengé.
Cette nouvelle nous réconforte. Les plus touchés d'entre nous s'en réjouissent le plus. On plaisante, quelqu'un même entonne un chant de victoire.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 14 août 2005 12:50

Hiroshima 54 jours d'enfer: Le journal Docteur Michihiko Hachiya >> 12 août 1945 (Historique)

Hiroshima 54 jours d'enfer
Le journal Docteur Michihiko Hachiya
12 août 1945

Un vieil ami, le capitaine de vaisseau Fujihara, est venu me voir, et, au cours de la conversation, il a fait tout à coup cette remarque : « C'est un miracle que vous vous en soyez tiré », puis il a ajouté : « C'est une chose terrible qu'une bombe atomique. »
- Une bombe atomique ! me suis-je écrié ahuri.
- Eh oui, répéta Fujihara, une bombe atomique. Je tiens ce renseignement des médecins de l'hôpital naval d'Iwakuni, où l'on est en train d'étudier un certain nombre de rescapés d'Hiroshima.
N'étant pas médecin, le capitaine ne peut me donner avec précision les symptômes observés sur eux, il est cependant, sûr d'une chose : l'analyse du sang révèle une teneur extraordinairement faible en globules blancs. Je pense en moi qu'il a été mal renseigné ou qu'il a mal compris.
Aussi, à peine est-il parti, je me résous à chercher un microscope pour pouvoir en juger moi-même. Mais le tout était d'en trouver un : tous ceux de l'hôpital étaient inutilisables. Je me souviens alors que le docteur Morisugi en gardait un dans un coffre-fort. Nous allons ensemble le chercher : il est également inutilisable. Si vraiment j'en veux un, il me
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 14 août 2005 12:52

Hiroshima 54 jours d'enfer: Le journal Docteur Michihiko Hachiya >> 13 août 1945 (Historique)

Hiroshima 54 jours d'enfer
Le journal Docteur Michihiko Hachiya
13 août 1945

Après le petit déjeuner, j'ai emprunté une bicyclette et je me suis dirigé du côté du Mont Aisi, où l'on dit que la bombe est tombée.
Le pont lui-même, tout construit en acier qu'il était, s'est effondré dans la rivière et c'est lamentable de voir un si bel ouvrage détruit de cette façon, ni plus ni moins qu'une allumette brisée par un enfant. Un peu plus loin, sur la rive Est de la rivière, se dressait jadis le bâtiment le plus admiré d'Hiroshima : le Musée de la Science et de l'Industrie (Les ruines de ce monument ont été laissées telles quelles pour servir de mémorial de la première explosion atomique). Son dôme de bronze a disparu, ses murs sont lézardés et en partie effondrés et à l'intérieur tout a été dévoré par l'incendie. Je reste un moment à contempler ces ruines qui symbolisent à mes yeux la destruction de la ville tout entière. Puis je pédale vers la préfecture pour voir le docteur Kitajima.
- Je suppose que vous avez entendu dire que la bombe que nous avons reçue étais une bombe atomique ?
Tels sont ses premiers mots. Puis, il ajoute :
- je viens d'apprendre que les effets de cette bombe dureront 75 ans et que d'ici là toute vie sera impossible à Hiroshima.
Lorsque je rentre à l'hôpital, la rumeur m'y a précédé et la plupart des conversations tournent autour du danger qu'il y aura à habiter Hiroshima pendant 75 ans. Pour les uns, c'est une stupidité. Mais pour les autres il n'y a là rien d'invraisemblable parce qu'on commence à voir mourir des gens qui s'étaient apparemment tirés indemnes de l'explosion. En général, les gens attribuent ces décès inattendus à quelque gaz empoisonné, qui continuerait à se dégager des ruines. Je n'y crois pas. D'ailleurs, ma première conviction, à savoir que la bombe a répandu des germes de dysenterie, est également ébranlée. En fait les vomissements et les diarrhées sanglantes commencent à régresser.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 14 août 2005 12:53

Hiroshima 54 jours d'enfer: Le journal Docteur Michihiko Hachiya >> 14 août 1945 (Historique)

Hiroshima 54 jours d'enfer
Le journal Docteur Michihiko Hachiya
14 août 1945

De bonne heure ce matin, le signal d'alerte aérienne a retenti. Aussitôt, tous ceux qui peuvent se lever se précipitent aux fenêtres avec la même pensée angoissante : est-ce que le pikadon va recommencer ?
Presque aussitôt, nous entendons les avions. Ils viennent du Sud, en direction de la baie d'Hiroshima. Comme j'essaie de les apercevoir, quelqu'un me crie de me mettre à l'abri, ce que je fais, avec tous les malades capables de marcher. Mais les autres sont forcés de rester dans leur lit, et il y a un moment affreux à passer lorsqu'il faut les abandonner là, parce qu'il n'y a rien à faire pour eux.
Pour moi, je cherche la protection d'un gros pilier et je sens mes jambes vaciller lorsque tout à coup la terre se met à trembler. Aussitôt j'entends le fracas assourdissant des bombes et des obus de D.C.A. Et je pousse un soupir de soulagement ! Le bruit vient de l'Ouest, du côté de la base navale d'Iwakuni.
Un peu plus tard, mon ami M. Sasaki vient me voir et me raconte que la radio a annoncé pour demain une importante communication, et que toute la population est priée de se mettre à l'écoute. Tout le monde se demande ce que ça peut être, mais je refuse de participer à la discussion. Nous avons bien assez d'ennuis aujourd'hui pour ne pas nous occuper de ceux de demain. De toute façon, nous n'avons pas de radio.
je bavarde avec M. Mizoguchi. Il me fait remarquer quelque chose de curieux au sujet des vêtements au moment de l'explosion.
- Regardez les bras de Mlle Omoto, dit il. Ses vêtements étaient légers ce jour-là, mais elle portait des manchettes noires. Or, elle n'a été brûlée aux bras qu'à l'endroit de ces manchettes. Si ses vêtements avaient été entièrement blancs, elle n'aurait pas été brûlée du tout.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 14 août 2005 12:55

Hiroshima 54 jours d'enfer: Le journal Docteur Michihiko Hachiya >> 15 août 1945 (Historique)

Hiroshima 54 jours d'enfer
Le journal Docteur Michihiko Hachiya
15 août 1945

C'est aujourd'hui que doit avoir lieu la communication à la radio. En dépit de mes résolutions, je me suis laissé aller à spéculer sur l'avenir et j'ai conclu, comme la plupart d'entre nous, qu'on allait nous annoncer le débarquement de l'ennemi sur nos côtes et que le Grand Quartier Général allait nous demander de nous battre jusqu'à notre dernier souffle.
Mais bientôt on nous rassemble dans un bureau du Ministère où, tant bien que mal, quelqu'un a réparé un poste de radio. Il ne marche pas très bien. Tout ce que j'entends à travers les craquements, c'est qu'il faut « supporter l'insupportable ». Puis c'est tout, l'émission est terminée. M. Okamoto, le directeur du Ministère, se tourne alors vers nous et nous dit
- Cette communication a été faite par l'Empereur lui-même. La voix que vous avez entendue était la sienne. Il annonçait à la nation que nous avons perdu la guerre. Jusqu'à nouvel ordre, je demande à chacun de retourner à son poste.
Je regagne aussitôt l'hôpital. Personne ne dit mot. Puis, peu à peu, des murmures s'élèvent :
- Comment oser nous dire que la guerre est perdue ?
- Il n'y a que les lâches pour reculer ! Plutôt mourir que d'accepter la défaite ! Si nous sommes battus, pourquoi avons-nous tant souffert !
Même ceux qui ont été les avocats de la paix sont maintenant partisans de continuer la guerre, malgré les bombes atomiques.
- Général Tojo ! crie quelqu'un, espèce d'âne bâté, ouvre-toi l'estomac et meurs !
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le dimanche 14 août 2005 12:56