Le journal Docteur Michihiko Hachiya
11 août 1945
Tout le monde paraît aller mieux ce matin. Personne n'est mort au cours de la nuit, et même on a vu apparaître trois personnes, tout à l'heure, portées disparues.
Le lieutenant Tanaka est venu me voir. Je lui ai demandé ce qu'étaient devenus les soldats logés dans les baraques avoisinant l'hôpital.
- C'étaient de jeunes recrues, nous dit-il. Il y en avait environ 400. Presque tous ont été tués.
Un nouveau bruit court : la Russie nous aurait déclaré la guerre et ses troupes commenceraient à envahir la Mandchourie. Cette fois tout espoir est perdu. Il me semble qu'un poids énorme m'écrase la poitrine.
Un peu plus tard, dans la soirée, nous apprenons que la mystérieuse arme nouvelle a été de nouveau utilisée. Elle a fait les mêmes ravages à Nagasaki qu'à Hiroshima.
A peine cette nouvelle s'est-elle répandue, qu'un nouveau venu en apporte une autre : les japonais, assure-t-il, possèdent la même arme secrète que les Américains. Jusqu'ici ils avaient renoncé à s'en servir parce qu'elle était trop terrible. Mais à la suite de l'attaque américaine, l'état-major japonais a changé d'avis. Une escadrille de six bombardiers vient de traverser le Pacifique et de bombarder l'Amérique. Deux d'entre eux ne sont pas rentrés. Mais à cette heure, San Francisco, San Diego et Los Angeles connaissent le même sort qu'Hiroshima et Nagasaki. Le japon est vengé.
Cette nouvelle nous réconforte. Les plus touchés d'entre nous s'en réjouissent le plus. On plaisante, quelqu'un même entonne un chant de victoire.